Interview avec Emmanuel Dron propriétaire du bar The Auld Alliance à Singapour

A l’occasion de la sortie du Livre « Collecting Scotch Whisky An Illustrated Encyclopedia Volume I « , écrit par Emmanuel Dron, propriétaire du bar renommé The Auld Alliance à Singapour, quelques questions pour nous éclairer sur cet ouvrage magnifique.

 Bonjour Monsieur Dron, nous avons récemment eu le plaisir d’entendre parler de vous lors de la publication de l’Encyclopédie. Avant d’en discuter plus en détail, pouvez-vous nous rappeler les grandes lignes de votre parcours? Comment passe-t-on de l’IUFM à l’univers du whisky?

En 1996 / 1997, j’ai fait un service civil. J’aidais des étudiants aveugles à l’université. J’avais beaucoup de temps libre, cela m’a permis d’avoir accès à des ordinateurs. C’était aussi le debut d’internet. J’ai créé en 1996 pendant mon temps libre, une newsletter  de 10 pages sur le whisky, ‘The Angel’s Share’. Je l’ai envoyée à Thierry Benitah de la Maison du Whisky et il m’a proposé de la vendre à la boutique d’Anjou. Quelques mois plus tard en avril-mai 1997, on s’est rencontré et il m’a proposé de rejoindre l’équipe de la Maison du Whisky.

Comment est né votre projet d’encyclopédie ?

 Il existe des centaines de livres sur les distilleries mais peu sur les bouteilles. Le seul livre existant était les deux volumes sur la collection de Valentino Zagatti. Le déclencheur a été une remarque d’un journaliste qui avait tenu des propos très réducteurs sur le travail de Samaroli. Je me suis aussi rendu compte que des personnes deviennent aujourd’hui Keepers of the Quaich parce qu’ils ont acheté quelques bouteilles à tarif exorbitant, mais des gens comme Silvano qui ont consacré leur vie à la promotion du whisky écossais, ne l’ont jamais été. Mon premier réflexe a été de faire des interviews de Pepi Mongiardino, Silvano Samaroli, Giorgio d’Ambrosio, Nadi Fiori, les Italiens qui ont été des précurseurs. Cela a été le début de l’aventure.

 C’est un travail énorme. Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet? 

J’y ai consacré cinq ans. J’ai commencé doucement, en récupérant à chaque voyage des informations à droite à gauche, en interviewant des collectionneurs ou des embouteilleurs indépendants. J’ai pris aussi des milliers de photos de bouteilles.

 Il s’agit ici du tome 1. Avez-vous déjà une idée du nombre de tomes qui sont prévus? 

Probablement 3 volumes. Le premier couvre la période 19ième et 20ième  siècles. Le Volume 2 devrait idéalement couvrir la période 2000-2010. Dans le futur, probablement la période 2010-2020.

Dans votre ouvrage, vous donnez des indications permettant de distinguer une vraie bouteille d’une bouteille factice, et ce sur d’anciens embouteillages. En tant que propriétaire du bar The Auld Alliance, êtes-vous vous-même confronté à ce genre de problématique?

Oui bien sûr. On apprend en étant confronté à ce problème. J’ai eu notamment un faux Talisker 1947 35 Years Old G&M. Dans les interviews de collectionneurs dans mon livre, je pose la même question. Et tous ont eu des fakes. C’est un problème grandissant avec les prix des bouteilles rares aujourd’hui. Il faut vraiment faire attention. J’ai énormement appris durant ces cinq dernières années. J’ai fait notamment un gros travail d’étude du code sur les verres de bouteilles.

 On peut voir en couverture une étiquette d’un Port Ellen 12 ans de chez Samaroli. Pourquoi ce choix? Avez-vous voulu rendre hommage à Silvano Samaroli décédé il y a peu?

Oui mais la principale raison est que même le plus hardcore des collectionneurs se demandera “mais qu’est ce que cette étiquette” !! Je l’ai trouvée dans les archives de Silvano. Il n’a a priori pas pu l’utiliser. Il a toutefois quand même embouteillé ce Port Ellen 12 ans mais sans pouvoir indiquer Port Ellen sur l’Etiquette. Ce Port Ellen 12 ans est l’une des bouteilles les plus rares de Samaroli. C’est aussi le seul Port Ellen Cask Strength embouteillé par un embouteilleur indépendant quand la distillerie était toujous active. C’est une étiquette magnifique avec une histoire.  Quand je l’ai trouvée je savais que je l’utiliserais pour la couverture.

 Vous interviewez les plus grands collectionneurs dans le monde. Avez-vous une anecdote à nous raconter sur ces rencontres ?

Le whisky est un formidable vecteur de passion et d’amitié. Toutes les personnes présentes m’ont accueilli à bras ouverts.

Rencontre avec Benjamin Kuentz, un embouteilleur de whisky français pas comme les autres

 

Voici ma deuxième interview, réalisé avec Mr Benjamin Kuentz. Pour la petite histoire j’ai connu Mr Kuentz lors d’une visite dans une cave à St Renan petite ville du finistère. Mr Kuentz était présent pour faire découvrir ces produits au caviste. Je l’ai entendu un peu parler de son projet, et je me suis dis c’est original comme idée ! Je n’avais pas entendu son nom, et le caviste était incapable de me le dire, étant peu emballé par l’idée. Ce n’est que plus tard que j’ai fais le rapprochement. Le projet me semblant intéressant, j’ai décidé de contacter Mr Kuentz pour une interview.

Q: Tout d’abord est-ce que vous pouvez nous parler de vous, Monsieur Kuentz, et de votre parcours ?Pouvez-nous nous raconter quand et comment vous est venue cette idée d’embouteiller des whiskys français ? Car c’est plutôt une idée audacieuse !

Copyright W.Beaucardet

R: J’ai 39 ans, vis à Paris et suis amateur de whisky depuis toujours. J’ai réellement découvert le whisky à l’âge de 20ans en 2001 lors de mes études à Montréal au Canada. Je passais alors plusieurs soirées par mois au pub écossais l’île noire à déguster des whiskies parmi les 140 qu’ils proposaient à la carte (que j’ai toujours avec moi d’ailleurs).
En sortant de mes études, j’ai choisi de diriger un restaurant pendant 1 an avant de travailler pendant 7 ans dans un grand groupe de spiritueux. J’ai ensuite créer la filiale française d’un institut d’étude pour mettre en place un outil de suivi de la consommation de boissons en CHR (Cafés, Hôtels, Restaurants).
J’ai en tête de lancer mes whiskies français depuis 8ans environ. A l’époque, je m’étonnais que les français, premiers amateurs et consommateurs de scotch whisky au monde, aient une production de whisky limitée malgré leur savoir-faire reconnu mondialement en matière de vins et spiritueux. Il fallait y remédier. Fort de notre terroir et de notre diversité régionale, nous avions forcément notre interprétation à donner en matière d’eau de vie de céréales.
J’ai donc choisi en 2016 de me mettre à plein temps sur ce projet et d’engager un tour de France à la recherche de partenaires susceptibles de m’accompagner dans mon projet.
Au fur et à mesure des rencontres que je faisais, j’avais des envies de whiskies totalement différents en fonction des personnes et des savoir-faire que je rencontrais. Plutôt que de m’arrêter à créer un whisky qui venait d’une seule région et qui finalement était déjà très bien représenté, j’ai choisi de travailler en partenariat avec plusieurs producteurs pour créer des whiskies qui me représentent.
Mon souhait est de répondre à la question : « Si les français avaient inventé le whisky, qu’est ce que cela donnerait ?  » en proposant une gamme de whiskies complémentaires qui représente la diversité de notre savoir-faire et de notre terroir.

Q : Par ailleurs, qu’est ce qui vous a motivé à choisir un format 50cl ?

Copyright W.Beaucardet

R : j’ai choisi le format 50cl car je trouve que c’est un bon format pour découvrir un nouveau produit, d’autant plus dans une période où on privilégie le ‘consommer moins mais consommer mieux ». Par ailleurs, je souhaitais également garder un prix raisonnable et abordable que le format de 70cl ne me permettait pas d’atteindre sans rogner sur certains critères de qualité que je m’étais fixé.

 

Q: Pour l’instant à ma connaissance il y a 2 cuvées (Fin de partie et D’un verre printanier), qui sont issues d’une collaboration avec Rozelieures. Pourquoi cette distillerie en particulier pour vos premiers embouteillages ?

Copyright W.Beaucardet

R: Tout d’abord parce que j’apprécie leur travail et leur approche. Ensuite, c’est une histoire de rencontre et de partage qui permet d’aboutir à une relation de collaboration parfaite.

 

Q: Ce que j’aime bien savoir en général, c’est ce qui vous a amené à sélectionner un fût. Qu’est ce qui détermine votre choix, quels critères… ?

R: J’avance beaucoup en suivant mon intuition. Chaque recette est issue d’une rencontre, d’une histoire que je souhaite partager. Une fois la recette écrite sur le papier, je la partage avec mes partenaires et c’est un réel échange de co-auteur qui se met en place. Le choix de fût en découle naturellement.

Copyright W.Beaucardet

Q: Je sais que c’est difficile de répondre à cela car chaque distillerie a son propre style, mais dans vos recherches est-ce qu’il y a une distillerie française qui pour vous sort du lot ?

R: chaque distillerie a son mot à dire et apporte sa graine à l’écriture du whisky français. Il n’y en a pas une qui sort du lot plus que l’autre pour moi. C’est d’ailleurs cela qui m’a donné envie de travailler avec plusieurs d’entre elles. Je souhaitais garder la liberté de pouvoir créer des whiskies venant d’horizons différents au sein de ma gamme.

Copyright W.Beaucardet

Q: Pour l’instant quels sont vos retours de la part des professionnels et des particuliers ?

R: les retours sont très positifs de la part des professionnels comme des particuliers. Ils sont très agréablement surpris, curieux et sont avides de voir la suite.

Q: Maintenant concernant les prochaines cuvées, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Copyright W.Beaucardet

R: la prochaine cuvée sera un Single Cask qui viendra de l’Ouest de la France. Ensuite, c’est une affaire de temps. Certains projets que j’initie actuellement arriveront dans plusieurs années : Tout vient à point à qui sait attendre !

Page Facebook Benjamin Kuentz : @MaisonBenjaminKuentz

Instragram : maisonbenjaminkuentz

Première Interview : Le Gus’t

 

Le gus’t c’est avant tout une histoire de famille : un père, sa fille, et son fils Amaury, passionnés par le vin et les spiritueux, dont le whisky et le rhum.
C’est aussi six caves : Une à Manosque bien sûr, une à Aix en Provence, 3 à Marseille et une dernière à Destrousse. Mais c’est aussi une marque d’embouteillage indépendant (Le Gus’t), à laquelle on va s’intéresser plus particulièrement. Rencontre avec Amaury, qui m’a fait l’immense plaisir d’accepter de répondre à mes questions.

 

– Je crois savoir que c’est ton père passionné de whisky qui t’a transmis le virus, ainsi qu’à ta sœur. Sais tu comment lui est venue cette passion ?

Mon père est avant tout un passionné de bonnes choses. Il aime les plaisirs de la vie depuis toujours. De mon coté, la passion des whisky a commencé très jeune. Je collectionnais dès mes 6 ans, les boîtes que les clients ne prenaient pas lorsqu’ils achetaient des bouteilles. Ma chambre était recouverte de vieux Springbank ou autre Macallan Full Proof. Je crois pouvoir dire que dans la famille, la table est notre élément rassembleur.

– Dans la famille, qui fait la sélection ?

Les sélections se font toujours ensemble. Nous partons régulièrement en Écosse visiter des chais. Pour qu’un whisky ou Rhum soit sélectionné, il faut nos 3 approbations. Nous n’avons jamais embouteillé un fût qui ne satisfait pas l’un d’entre nous.

– Dans le milieu, on entend souvent que les stocks de vieux whiskys écossais sont très bas, que beaucoup d’indépendants ont du mal à acheter des fûts : est-ce que tu as ressenti ce phénomène ? Rencontres-tu toi aussi des difficultés dans l’achat de fûts ?

Nous n’avons jamais connu de périodes fastes et c’est peut-être mieux ainsi. Il est difficile de trouver des fûts, certes, mais possible. Notre façon de travailler en se rendant sur place nous a permis de rencontrer énormément de personnes. De nouvelles portes s’ouvrent à chaque voyage. Pour répondre à la question, je dirais qu’il nous est de plus en plus facile d’y avoir accès. En revanche, cela demande beaucoup d’obstination pour trouver « le fût ».

– Pour sélectionner le fût, comment faites-vous ? Avez-vous déjà une petite idée des distilleries à voir ? Vous propose-t-on une sélection de fûts dans les distilleries ?

Nous ne savons jamais à l’avance. Nous savons ce que nous aimerions embouteiller mais si un autre fût moins coté mais meilleur est possible, nous prenons. Les premières années, nous partions en Écosse sans RDV. Nous tapions aux portes comme nous faisons pour le vin. Vous n’imaginez pas la surprise dans les distilleries et les refus.

Avec les années et à force de nous voir, on commence à faire partie du paysage, les portes des chais s’ouvrent.
Il arrive aussi d’aller dans les chais de broker. J’adore ce moment où l’on se promène et que l’on découvre les noms des distilleries et les années. Il n’y a plus qu’à choisir ce que l’on désire goûter. Il y a toujours une part de chance pour trouver « les perles ».

– Vous voyagez beaucoup pour rechercher les fûts ; avez-vous quelques anecdotes à nous raconter, bonnes ou mauvaises ?

Pour les bonnes choses, il y a évidement la chance de pouvoir goûter un Port Ellen, un vieux Bowmore encore en fût. Ce n’est arrivé qu’une fois mais cela reste un moment inoubliable.
Le plus beau reste quand même ce magnifique plateau de fruit de mer, au pub de port Charlotte. Réservé la veille, péché le matin même… Un pur bonheur ! Surtout lorsque c’est accompagné d’un très beau port Charlotte tiré d’un fût le jour même.

– Je crois que vous appréciez beaucoup Glenfarclas dans la famille et j’ai vu que tu avais proposé une version de Glenfarclas 9 ans d’âge 56,8%, plébiscitée par Serge Valentin avec 89/100 pts : joli score ! C’est une reconnaissance et un joli coup de pouce, non ?

Ce Glenfarclas, notre chouchou…
Avoir eu l’opportunité et la chance de sélectionner un Glenfarclas qui finit dans la grande famille des Family cask a été un réel bonheur. Nous aimons tous cette distillerie dans la famille.
Avoir rencontré George et son maître de chais puis partagé la visite des chais de vieillissement à la recherche d’un fût a été génial. Ce n’était seulement que notre second voyage en Écosse.
En ce qui concerne le 89 de SV, c’est une très belle reconnaissance qui est arrivée juste après le 90 de notre Bowmore. Quant aux autres fûts, les notes sont toujours aussi belles.
Le Ledaig a obtenu 95,5 pts dans la Bible, a été classé parmi les meilleurs wiskies du monde. Vivement la suite !

– Le monde du whisky et du Rhum bouge beaucoup depuis quelques années, avec le succès des Japonais, des Taiwanais, de Velier… Est ce qu’il y a des distilleries dont tu surveilles de près l’évolution ? Ou une pépite passée inaperçue ?

Coté whisky, nous adorons Amrut. C’est pour nous une des distilleries d’avenir. Nous devrions normalement partir la visiter d’ici peu. Il y a aussi Glasgow Distillery qui sortira son premier whisky en Septembre.
Nous avons de très bonnes relations avec Liam, le patron. C’est chaque année un plaisir de goûter leur New Make et de suivre l’évolution des fûts.

Pour le moment, c’est très bon. Nous sommes très curieux de goûter leur travail d’assemblage pour le tout premier batch.

– Les prochains embouteillages Le Gus’t, c’est pour quand ? Et si on peut être un peu indiscret, à quoi doit on s’attendre ?

Il y a dans les cordes au moins 2 whiskies vieux speyside et un autre qui provient de l’Est. Nous ne pouvons malheureusement en dire plus.

Côté Rhum, c’est plus long. Il devrait y avoir un autre d’Amérique du sud ou centrale. Lorsque le fût vieillit sur place, tout est plus long pour la mise en place et le rapatriement. Nous avons mis 18 mois pour le Demerara 2002.
Nous espérons que ce sera quand même plus rapide, mais quand nous recherchons le meilleur, il y a toujours quelques inconvénients.

Dans tous les cas, l’avenir des embouteillages « Le Gus’t » est de bonne augure et l’envie est là plus que jamais.